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Norme spa Afnor : tout ça pour ça

4 juin 2013 9 commentaires

L’Afnor vient de lancer une deuxième enquête publique afin de donner une norme aux spas de bien-être. Le texte est disponible sur le site de l’organisme. Et le résultat est navrant. Définitions bâclées, hypertrophie du secteur esthétique et cosmétique, absence d’inspiration… Quoi ? Le spa ne serait donc qu’un institut de beauté proposant aussi des soins et/ou des prestations d’eau… ? Quid de la prise en charge globale de la personne ? De la vocation du spa en matière de prévention et de mieux-être ? De sa dimension holistique ? « Aspirationnelle » ? La profession a jusqu’au 28 juin pour faire valoir ses remarques. Et contribuer à bâtir une norme porteuse pour le secteur, représentative de sa richesse et de sa variété en termes de concept, de positionnement et de prestations. Sinon, elle aura le droit à ça (morceaux choisis) :

Spa de bien-être : «lieu ou établissement de détente et de confort où s’exercent, sur un espace dédié et dans un cadre commercial, des techniques et soins de bien-être et/ou de beauté et des soins de bien-être par l’eau, par une prise en charge polysensorielle et personnalisée, excluant toute finalité thérapeutique, sexuelle et/ou sectaire».

Soin de bien-être : «soin esthétique manuel, avec ou sans instrument/appareil et/ou produit cosmétique, destiné à procurer un état de relaxation et de détente, sans visée médicale, thérapeutique ou sexuelle».

Soin sec : «soin destiné à la beauté, à la détente et/ou au bien-être».

Formation et diplômes : «Le personnel praticien d’un spa de bien-être doit être titulaire d’un diplôme d’Etat en esthétique ou en kinésithérapie et/ou d’un titre homologué au RNCP (Registre National des Certifications Professionnelles) lui permettant la réalisation des prestations sur le territoire national. Le choix des techniques, des produits et des équipements employés lors d’un soin devra s’appuyer sur des connaissances dans les domaines qui figurent aux référentiels des différents diplômes et/ou certificats ou titres homologués».

Une norme – même estampillée Afnor – n’a certes pas valeur d’obligation. Mais si elle est adoptée en l’état, elle risque fort de faire référence et d’inspirer les pouvoirs publics s’ils jugent utiles d’encadrer le secteur. La profession a jusqu’à la fin du mois pour apporter des améliorations à ce texte et faire valoir la richesse de l’univers spa. On a le spa qu’on mérite.

http://www.enquetes-publiques.afnor.org/biens-de-consommation-sports-et-loisirs/pr-nf-x-50-843.html

Anne Autret (visuel : Six Senses Bodrum)

9 commentaires »

  • de FREMICOURT :

    Nous sommes plusieurs à nous indigner de ce document ne correspondant en rien au monde du spa.
    Nous sommes également extrêmement surpris de la composition du groupe d’experts ; est-ce là l’image des exploitants des spas en France ?
    Il nous semble préférable dans l’état actuel des choses d’abandonner tout simplement cette norme et laisser les professionnels s’organiser …Car, à ce stade, il est fait plus de mal que de bien !
    Gilles de Frémicourt

  • Pierre :

    C’est bien de parler de la norme… Sauf que là, il n’y a aucune analyse. Vous auriez pu vous creuser un peu la cervelle quand même, prenez donc exemple sur Profession Bien-Etre qui a sorti un article bien documenté, une véritable analyse sur le sujet. Quant au commentaire de Gilles de Frémicourt, ca ou rien, c’est pareil. Je crois savoir qu’il est trésorier du syndicat SPAS. Un syndicat qui se carapate à la première alerte et qui se lave les mains comme Ponce Pilate… A vous dégoûter d’être exploitant de spa !

  • Dominique HOAREAU :

    Sur le fond, on peut poser la question différemment : comment le Thermalisme et la Thalassothérapie ont-ils réussi à créer leur « norme » spécifique (même s’ils l’appliquent de manière inégale) ? pourquoi les exploitants de spa sont-ils si peu « visibles » dans cette commission AFNOR ? Et du coup, AFNOR n’a-t-elle pas pour « obligation » de s’assurer de la légitimité de la composition de ses commissions ?

  • Pierre :

    Je vois que l’on n’a pas trop le droit de vous critiquer, puisque vous avez jugé bon de ne pas publier mon commentaire… Mauvaise joueuse, en plus ! Le jeu sur internet, c’est aussi de savoir prendre des risques… Pas grave j’irai chercher mon information désormais chez de vrais professionnels.

  • Anne Autret (author) :

    Bonjour Pierre,

    Non, je ne suis pas mauvaise joueuse, et des risques, j’en ai pris tout au long de ma vie professionnelle. J’attendais simplement que vous répondiez à mon mail pour connaître votre identité et savoir d’où émanait ce commentaire plein de ressentiment.
    Désolée d’avoir déçu vos attentes et ravie que vous ayez trouvé les infos que vous recherchiez chez mes excellents confrères.
    L’essentiel, me semble-t-il, est de bâtir un avenir commun pour le spa en France, en dépassant les intérêts forcément divergents, à un moment donné, des uns et des autres. Et en évitant, autant que faire ce peut, les querelles de personnes stériles et les crucifixions sur la place publique (puisque vous semblez apprécier ce registre).

    Et vous, quelle est votre analyse et quelles sont vos propositions… ?

  • Jean-Jacques Gauthier :

    Merci à Anne Autret pour son article ; à en juger les réactions et les retours, le sujet intéresse un grand nombre de lecteurs. Pour sa part, le S.P.A.S. a pris le temps de consulter ses adhérents (uniquement propriétaires ou gestionnaires de spas) avant de répondre. Notre newsletter du mercredi 12 juin évoque le problème et explique une nouvelle fois notre position (à lire sur notre site http://www.syndicat-spas.org). Nous comprenons les amertumes et les déceptions de certains exploitants, nous sommes attentifs et intéressés par certaines propositions pertinentes et porteuses de sens, nous sommes plus réservés quant aux critiques véhémentes de certains « anonymes » qui restent dans l’ombre et dans l’inaction.
    Nous ne pouvons qu’encourager les exploitants mécontents à nous rejoindre pour grossir les rangs du seul syndicat professionnel existant à ce jour et, à nos côtés, dépenser énergie et conviction à la défense de la profession et à la construction de ce nouveau secteur de l’économie.
    Jean-Jacques Gauthier Président du S.P.A.S.

  • Mireille BARREAU :

    Délicat de répondre à ces commentaires sans courir le risque de ranimer les vieilles querelles de chapelle qui minent notre secteur d’activité depuis trop d’années… Très impliquée dans cette démarche de normalisation du Spa, je suis tentée de penser comme certains « tout ça pour ça… », sauf que, contrairement à d’autres commentateurs à la plume acerbe, j’ai pris le parti de rester présente jusqu’au bout du processus et le risque de faire remettre à plat (un peu brutalement je le conçois) la première version envoyée à l’enquête publique pour remettre le métier sur l’ouvrage et y réintroduire quelques notions qui me semblaient fondamentales dans cette deuxième version. Dommage que ceux qui jugent aujourd’hui « tout ça pour ça » n’aient pas mouillé la chemise à ce moment-là, préférant la position plus confortable de la chaise vide. Aujourd’hui, plutôt que d’émettre un feu de critiques stériles après coup, ne serait-il pas plus productif de nous demander chacun pourquoi en sommes-nous arrivés là alors que l’ensemble des professionnels du Spa, de la Beauté et du Bien-être ont un jour ou l’autre été acteurs dans le groupe AFNOR ? Pour ma part, je déplore que les velléités hégémoniques des uns et des autres pour contrôler la production du groupe de travail en fonction de leurs intérêts personnels immédiats et les anathèmes répétés qui tentaient d’exclure ceux qui n’étaient pas de la bande aient complètement paralysé pendant près de deux ans le processus qui devait aboutir à un consensus basé sur une approche intelligente, créatrice et collective. Par ailleurs, il faut savoir remettre les choses à leur place plutôt que de ressasser : une norme AFNOR se construit sur un consensus qui doit être partagé non seulement par les experts, mais aussi par l’Administration et les représentants économiques de la profession. Contrairement à ce que certains en pensent, la norme AFNOR est porteuse d’enjeux importants pour notre branche professionnelle, au niveau économique, social, réglementaire. Ceci dit, il ne faut pas confondre la norme AFNOR, première étape indispensable pour faire reconnaître notre filière professionnelle et socle constitutif d’une démarche de qualité, avec des démarches plus pointues de labellisation et de certification, deuxième étape indispensable pour peu qu’elles répondent aux exigences de l’exercice et qu’il ne s’agisse pas de seuls outils marketing pour faire du business pour du business. Le chantier n’est pas terminé !

  • Anne Autret (author) :

    Le projet de norme relatif au spa de bien-être a provoqué de nombreuses réactions – souvent très émotionnelles – de la part des professionnels du secteur. Parmi mes nombreux échanges avec certains d’entre vous, cette lettre adressée à l’Afnor par Gérard André, directeur d’Eurofin Hospitality SA et fin connaisseur du secteur, notamment dans le domaine du thermoludisme et du spa thermal. Elle résume, à mes yeux, les faiblesses et les distorsions du projet, et met en perspective ses véritables enjeux, notamment vis-à-vis de l’international. Je vous en souhaite bonne lecture.

    Le projet de norme relatif au « spa » a suscité nombre de réactions, tout particulièrement ces dernières semaines.
    Ce mouvement d’étonnement, voire de rejet à tout le moins partiel du projet publié, s’avère justifié de la part de professionnels d’un des secteurs composant le domaine du bien-être.

    Ayant son siège à Lausanne, notre société intervient dans ce domaine du bien-être dans divers pays, en France notamment.
    Il ne m’appartient pas, ni je prétends vouloir le faire, de juger des compétences et de l’expérience effectives de toutes les personnes ayant participé à ce projet de normalisation dont je n’ignore pas les contraintes inhérentes.

    En revanche, nombre d’articles doivent être requalifiés. Si cette norme devait demeurer ainsi orientée, pour ne pas dire déviée, « disproportionnant » de manière exagérée l’importance d’une composante que sont les soins esthétiques et le personnel les dispensant, de facto elle ne ferait qu’ignorer la réalité de la pratique et de l’économie du « spa », que rejeter maintes personnes de valeur y travaillant.

    Quid alors de la place de la France et de son potentiel sur ce marché à l’international ?
    Quid encore de la position à l’égard des professionnels français de la part de leurs homologues originaires de pays aussi « mineurs » dans ce secteur du « spa » que les Etats Unis et le Canada, les proches voisins de la France, ou encore certains autres en Asie ?
    Comment prétendre servir de référence en s’éloignant de ce qui ailleurs se fait ?

    La France du thermalisme et de la thalassothérapie d’une part, celle des produits cosmétiques et du parfum d’autre part, sont respectés par leurs homologues pour leur professionnalisme.
    Pourquoi ne pourrait-il pas en être de même pour le « spa » ?
    Pour des raisons connues et compréhensibles, le « spa » pénètre désormais le thermalisme et la thalassothérapie. Pour autant, il serait vain de croire que, telle qu’elle ressort du projet actuel, cette norme puisse être crédible et appliquée.

    Le temps est venu d’amener et/ou de ramener à « la table de normalisation » toutes les parties professionnellement compétentes, concernées et conscientes des enjeux, pour négocier une norme commune, enfin moderne et d’intérêt non pas sectoriel, mais le plus largement partagé.

    Gérard André, directeur d’Eurofin Hospitality SA

  • Jean-Guy de Gabriac :

    Merci Anne pour ton article et pour avoir publié la lettre de Gérard André, car EUROFIN est un acteur majeur du développement SPA et wellness et ses remarques sont tout a fait fondées.

    En tant que consultant je ne peux pas comprendre qu’une commission mette 3 ans pour accoucher dans la douleur d’un texte immédiatement contesté par la profession. Aucun client n’acceptera d’attendre autant de temps, de dépenser autant d’argent, pour y voir moins clair à l’arrivée !

    En juillet 2010, les opérateurs SPA au Québec ont finalisé un projet de norme avec le Bureau de Normalisation du Québec qui donne l’essentiel en 36 pages… 3 ans après la commission de l’AFNOR n’y arrive toujours pas.

    Après tant de temps, d’énergie et d’argent gâché pour arriver à un texte si controversé par des opérateurs eux-même, il est probablement temps de réunir des volontaires pour proposer une alternative qui pourra servir de Livre Blanc, basé sur des best practices concrets et duplicables.

    Pendant de nombreuses réunions, Jean-Jacques Gauthier (SPAS), Gilles de Frémicourt (Royatonic), Jean-Eric Knecht (Elegance), Laurent Dupont (Luchon), Bruno Blucheau (Balnéa) et moi (TIP TOUCH) avons essayé d’ouvrir le débat, de proposer des textes clairs et opérationnels pour donner des clés simples aux opérateurs de SPA (qui sont TRES nombreux à engager des esthéticiennes, des kinés et des spa praticiens formés aux massages traditionnels du monde qui travaillent ensemble en bonne intelligence, sans défendre un pré carré, dans l’intérêt de leurs clients…)

    Nous voulions que cette démarche soit « inclusive » pour inviter des porteurs de projets et des investisseurs à voir dans le SPA une dimension qui s’intègre parfaitement au thermalisme (25 spas thermaux en 2012) et à la thalasso (6 spas marins en 2012) qui font appel en grande partie aux mains expertes d’agents thermaux et d’hydrothérapeutes pour pratiquer des modelages/massages bien-être à longueur de saison.

    Le SPA peut tout à fait accueillir des esthéticiennes motivées et polyvalentes (et il en y en a beaucoup)… mais pas « uniquement » des esthéticiennes. C’est de là que vient l’une des dissensions majeures de la commission de l’AFNOR.

    Lorsque l’on cherche à recruter des équipes SPA, de très nombreuses candidates présentent une forte culture de l’institut, massent du bout des doigts lors du test en entretien (sans pression à cause de jolies prothèses ongulaires (pas appropriées pour un travail de modelage corps). Leur niveau d’anglais est souvent balbutiant et on déplore encore des réticences à enchainer plusieurs séances de massage bien-être corps, surtout vis à vis de la clientèle masculine…

    Pendant ce temps, on reçoit de plus en plus de CV de praticiennes formées à la MTC, l’Ayurveda, le Shiatsu, ayant souvent voyagé à l’étranger pour des compléments de formations (donc parlent un anglais correct que les clients attendent en Spa d’hôtel), démontrent un réel engouement au modelage corps puissant (qu’attendent les clients étrangers, hommes ou femmes) et ont une approche décomplexée de la vente additionnelle de produits et au rebooking, qui sont des composantes commerciales essentielles pour la rentabilité du Spa.

    Nous avons donc proposé une démarche inclusive pour permettre aux Spas de se développer en associant les parcours, les compétences et les avis complémentaires et nous avons finalement quitté la commission de l’AFNOR lorsqu’il était évident que des enjeux corporatistes torpillaient nos propositions.

    Ceux qui me connaissent bien, savent que j’ai beaucoup de mal à renoncer, mais Gilles de Frémicourt m’a fait entendre raison lorsqu’il m’a conseillé de quitter le champs de bataille.

    Il est très probable qu’un groupe de volontaires se mettra au travail à la rentrée pour proposer une alternative, on pourra alors juger sur pièces.

    Jean-Guy de Gabriac
    consultant et formateur
    TIP TOUCH International

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