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Des thermes rénovés et un espace thermoludique pour Luchon

17 octobre 2023 Pas de commentaire

Le 4 mars prochain, c’est dans un établissement thermal entièrement rénové que les curistes (rhumatologie et voies respiratoires) recevront leurs soins à Luchon. Après deux ans de travaux, « la Reine des Pyrénées » s’apprête en effet à célébrer la renaissance de ses thermes, désormais exploités par le groupe landais Arenadour dans le cadre d’une DSP de 30 ans. Plus de 40 millions d’euros ont été mis sur la table pour réveiller cette belle endormie et mener à bien ce vaste projet, qui comprend la construction d’un espace thermoludique de 3000 m², dont 900 m² d’extension. Les subventions publiques s’élèvent à 10 millions d’euros répartis entre la Commune (1,5 M€), le Département (1,75 M€), la Région (2,9 M€), l’Etat (2,9 M€) et l’Europe via le Feder. Arenadour apporte 5 millions d’euros pour rénover l’intégralité du mobilier et des équipements. Quant au solde, il provient d’un emprunt accordé par la Banque des Territoires et porté par la SIL (Société Immobilière de Luchon).

Le montant de l’enveloppe témoigne de l’ampleur des travaux. Il est à la hauteur des ambitions d’Arenadour et de la nouvelle direction du site emmenée par Myriam Roullot, ex-cadre de santé en milieu hospitalier. « Notre objectif est de donner un nouvel élan à l’activité thermale, de régénérer les cures médicalisées et de développer l’activité thermoludique. Jusque dans les années 1980, Luchon pouvait accueillir 35 000 curistes par an, et c’était une référence en Voies respiratoires grâce à son eau thermale, qui est l’une des plus soufrées de France et d’Europe. Aujourd’hui, nous accueillons un peu plus de 5400 cures médicalisées, dont 90 cures enfants, alors que le thermalisme pédiatrique marchait très fort par le passé, grâce à l’orientation voies respiratoires et ORL. Nous avons également enregistré 212 cures libres en 2023. Avec la qualité des soins et la création des nouveaux espaces, nous tablons sur la venue de 10 000 à 15 000 curistes par an dans les prochaines années », explique la dirigeante.

Le manque d’investissements consentis ces 20 dernières années explique cette lente érosion. Installations vieillissantes, non-renouvellement de l’offre de soins, absence de programmes complémentaires, espace thermoludique inexistant : le site accumulait les freins à un développement maitrisé. L’établissement – anciennement sous régie municipale – a également subit les conséquences de la fermeture des liaisons ferroviaires Toulouse-Luchon et Paris-Luchon en 2014. De quoi décourager plus d’un curiste et assécher la fréquentation des thermes. « L’établissement thermal avait perdu de son attrait au fil du temps. En plus de sa rénovation, nous souhaitons y réinjecter de l’expertise, travailler en lien avec des hôpitaux et des professeurs de médecine spécialisés dans les voies respiratoires, relancer des études », indique Virginia Blanc, la directrice marketing et communication du groupe Arenadour. Bref : importer à Luchon des process et un savoir-faire déjà à l’oeuvre en rhumatologie dans les établissements dacquois du groupe. D’ores et déjà, des premiers contacts ont été pris notamment avec le Pr Bernard Fraysse, président de la société mondiale d’ORL, à Toulouse. Au niveau local, la direction envisage également de fonctionner en lien avec les établissements de santé.

Reste qu’au-delà de l’activité thermale, l’ambition de la Commune et des collectivités territoriales est aussi de redynamiser cette destination nature, qui vit du ski en hiver et du tourisme avec ses sentiers de randonnée, son golf 9 trous, ses cols prisés des cyclistes, l’Espagne toute proche… Luchon, la Reine des Pyrénées : 2500 habitants à l’année, 72% de résidences secondaires, une population qui décuple en haute saison et de nouveaux défis à relever, pour (re)passer à la vitesse supérieure et capter de nouvelles clientèles. « Le changement climatique et la neige capricieuse nous imposent de redevenir une destination culturelle et de loisirs, et non plus simplement un terrain de sport, avec le ski de descente l’hiver et le cyclisme l’été. Le thermoludisme, notamment, va nous y aider », fait observer Gilles Clémente, le directeur de l’office de tourisme départemental, qui planche sur la nouvelle image et la nouvelle offre de Luchon et ses environs.

Voilà pourquoi un plan d’investissements massifs a été décidé par les collectivités locales et territoriales pour rénover les thermes, mais aussi pour désenclaver cette partie de la Haute-Garonne et la rendre encore plus attractive. Courant 2025 vraisemblablement, un train fonctionnant à l’hydrogène devrait ainsi faire son retour à Luchon : un projet soutenu par la Région et attendu de tous depuis plusieurs années. Par ailleurs, dès cet hiver, un téléphérique moderne reliera en quelques minutes le centre-ville à la station de ski de Superbagnères. De quoi drainer curistes, skieurs et touristes, et apporter un shot d’oxygène supplémentaire à cette destination situé au coeur même des Pyrénées.

Voilà aussi pourquoi l’exploitation des thermes a été confiée à un opérateur privé, qui orchestre par la même occasion sa rénovation. Après deux ans de travaux, le chantier touche aujourd’hui à son terme. Le bâtiment Vaporarium datant des années 70 (visuel ci-dessus) ? Sa réfection est bien avancée pour sa partie thermale, et marque une vraie rupture en termes d’organisation des espaces et d’aménagement. L’édifice abrite désormais la rhumatologie « standard » sur deux étages, au lieu de trois précédemment. Restructuration des espaces, nouvelle décoration épurée dans des tons pierre et beige, mobilier moderne, équipements dernier cri et plus autonomes, la rénovation est totale. « C’est l’une des rares stations thermales en France où l’on propose tous les soins de rhumatologie existants », note Virginia Blanc. On y trouve notamment des douches térébenthinées, une spécialité rhumatologique de la station de Dax, que le groupe Arenadour décline désormais dans tous les établissements dont il a l’exploitation*. Au total, 55 cabines d’illutation, 45 baignoires, 22 postes de boue liquide, 20 postes vapeur dirigée, 16 postes étuves, 4 douches à jet, 4 douches térébenthinées et 2 douches locales ont été installées ou sont toujours en cours d’installation.

Quelque 8700 m² (sur 11 000 m² au total, futur espace thermoludique compris) ont ainsi été refaits et repensés par l’agence Coste Architectures, sous l’oeil attentif de l’architecte des Bâtiments de France… Quelques rares équipements ont été conservés, à l’image des trois bassins de mobilisation en eau thermale, dont l’emblématique piscine ronde (visuel ci-dessus), ouverte sur l’extérieur et baignée de lumière naturelle. C’est le cas aussi du fameux Vaporarium de Luchon, qui a donné son nom au bâtiment : l’unique « hammam naturel » d’Europe et l’un des atouts de l’établissement. Cette grotte de 430 m², creusée naturellement dans la roche, attend encore sa rénovation et sa mise en valeur. « Deux circuits différents seront créés pour les curistes et pour la clientèle loisirs », détaille Myriam Roullot. A noter que d’ici à mars, une cafétaria sera implantée dans ce bâtiment « amiral », où se trouvent également les bureaux et l’accueil principal des thermes.

Le chantier n’est pas qu’architectural. Dès la saison thermale prochaine, l’offre de soins évoluera avec la création d’un programme complémentaire Fibromyalgie. Des activités à la carte vont être lancées, en lien avec des experts installés dans la région et l’office de tourisme : activités physiques adaptées, nutrition, sophrologie, yoga du rire… « Une réflexion est en cours pour proposer des activités aux curistes dans le cadre de l’ETP ou non », précise la directrice du site. Autre initiative porteuse pour l’avenir des thermes : une demande d’agrément va être déposée par Arenadour, afin d’obtenir l’orientation phlébologie et capter ainsi une clientèle de sportifs, déjà nombreux à Luchon.

Les bâtiments Prince Impérial (1645 m²) et Chambert (2 830 m²) voisins ne sont pas en reste. Ces deux édifices datant du 19ème siècle sont reliés directement au Vaporarium par une galerie intérieure. Ils abritent l’orientation voies respiratoires/ORL, ainsi que le nouvel espace thermal premium : 1200 m² aménagés à Chambert avec vestiaires, tisanerie, espaces de détente et équipements de soins rhumatologiques (1 piscine, 8 baignoires, 8 cabines d’illutation, 4 postes de boue liquide, 2 douches térébenthinées, 4 postes vapeur dirigée, 4 postes étuves, 2 douches à jet). Reste à rénover les salles de soins voies respiratoires/ORL dans les deux bâtiments (reprise de peintures et de certaines faïences) pendant l’intersaison thermale, à partir de la fin octobre. L’objectif d’Arenadour ? Faire en sorte que Luchon redevienne une station de référence en voies respiratoires, deuxième orientation en France après la rhumatologie. Assez logiquement, les enfants sont dans la ligne de mire de l’établissement. « Nous allons relancer cette activité avec la création d’une salle ORL dédiée aux enfants », dévoile Myriam Roullot.

Un spa constitué de 8 cabines de soins (dont une duo), d’un jacuzzi, d’un sauna, d’un hammam et d’un petit espace aquatique va également voir le jour courant 2024, au premier niveau du bâtiment Chambert. A proximité de l’espace thermal premium et à l’exact opposé du futur espace thermoludique… Normal, explique la direction : ce spa volontairement intimiste sera réservé à une clientèle adulte, contrairement à l’espace thermoludique, qui s’adresse à un large public. Il n’y aura d’ailleurs pas de forfait commun. Dommage pour les familles avec jeunes enfants, qui souhaitent conjuguer les deux le temps d’un après-midi… En revanche, des forfaits spa et soins thermaux premium seront proposés à la clientèle.

Car la rénovation des thermes de Luchon s’accompagne de la création d’un vaste espace de détente et de remise en forme, dernière étape de sa renaissance à plus de 40 millions d’euros. Son ouverture au public est prévue pour l’été 2024. Une extension de 900 m² est en cours de construction dans le prolongement du Vaporarium (visuel ci-dessus). Grâce à la surface récupérée sur le bâtiment existant, le bien-nommé centre « Ressources & Vous » s’étendra sur 3000 m² et trois niveaux. Au programme : deux bassins ludiques en eau thermale (dont un de 120 m² en rooftop), une salle de fitness, une salle de cardio-training (avec coaching collectif et individuel), un sauna, des douches sensorielles, un jacuzzi, un mur de glace, un ciel de neige… Le groupe Arenadour – et les différents acteurs locaux – espèrent ainsi attirer une clientèle loisirs, mais aussi les sportifs, les skieurs (après-ski) et leurs accompagnants en quête d’activités de détente. Un relais de croissance classique, qui n’était pas encore à l’œuvre dans la commune.

L’espace thermoludique sera ouvert 12 mois sur 12 et constituera un pôle d’attractivité supplémentaire tout au long de l’année. Dès 2024, la direction des thermes envisage également d’élargir la saison thermale jusqu’à la mi-novembre (au lieu de fin octobre aujourd’hui). Par ailleurs, la piscine ronde du bâtiment Vaporarium devrait être ouverte pendant les vacances scolaires, hors période thermale, pour y proposer des cours d’Aquagym, par exemple. A partir de l’hiver 2025, son accès sera inclus au forfait thermoludique, lorsque l’espace Ressources & Vous aura ouvert ses portes. Autant de projets qui ne demandent qu’à mûrir et qui commenceront à fleurir au printemps prochain, dans un établissement flambant neuf pour sa partie thermale.

Anne Autret (crédit visuels : Agence Coste Architectures ; crédit photos : Anne Autret)

*En plus des thermes de Luchon, le groupe Arenadour a repris récemment l’exploitation des thermes d’Amnéville, dans l’Est de la France, et des Fumades dans les Cévennes.

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